Pix: Only the ring finger knows
"Pfiou, qu'est-ce qu'il peut faire chaud dans cette maudite salle" pensa Valentin, glissant une main entre le col de sa chemise blanche, neuve, et son cou, d'un geste maladroit. Il desserra quelque peu son noeud de cravate, accessoire qu'il n'affectionnait pourtant pas particulièrement, mais qu'il se sentait obligé de porter lors des réunions comme celle-ci.
Valentin était en fait un fringuant jeune homme, qui venait tout juste de fêter son vingtième anniversaire, au mois de janvier. Sur le plan physique, il était assez grand, et élancé, pas du genre boxeur costaud mais assez musclé pour pouvoir se défendre en cas de besoin et, accessoiremment, pour faire se pâmer nombre de filles à la vision de son torse aux pectoraux saillants. Il possédait une chevelure fine, chatain clair, qui retombait de manière négligée au commencement de sa nuque, des yeux d'un bleu limpide, une bouche légèrement en forme de coeur, charnue et rebondie, un nez quelque peu retroussé qui lui donnait un air taquin et enfantin, en particulier lorsqu'il souriait, et des traits doux, bien que marqués par sa vivacité d'esprit et son intelligence. Du côté de sa personnalité, c'était quelqu'un d'assez réservé, même s'il était toujours partant pour une soirée entre copains ou d'autres sorties que les jeunes de son âge avaient pour habitude d'organiser, cela dit il ressentait souvent le besoin de s'isoler pour réfléchir à des sujets plus complexes que l'alcool, les filles, et les différentes boîtes de nuits de la ville où il résidait, New York. Valentin habitait le sud de Manhattan, et avait, jusqu'à l'année précédente, pris les trasnports en communs tous les jours pour se rendre, durant son adolescence, au collège et au lycée, puis, plus proche dans le temps, à l'Université, où il avait étudié durant deux années pour se former en tant que journaliste; ayant sauté une classe à l'école primaire, il avait réçu son diplôme en fanfare à l'âge de dix-sept ans, et était en année sabbatique depuis la fin de sa deuxième année de fac, c'est à dire depuis juillet. Au commencement du nouvel an, étant un féru de travail qui supportait mal l'inactivité, surtout quand tous ses amis, passaient leur journées à bûcher, il avait envoyé son CV à plusieurs rédactions, n'omettant pas de préciser qu'il avait réussi son concours à la fin de sa deuxième année d'études avec brio, terminant dans les premiers, ce qui avait dû jouer en sa faveur car il reçut plus de réponses qu'il ne l'aurait cru, mais c'était sur le "Days & News" que son choix s'était finalement porté, bien qu'il ait été, dans un premier temps, légèrement intimidé à l'idée de faire un stage au sein d'un journal aussi prestigieux.
Et tous ces évènements l'avaient mené là, un lundi matin, dans une salle de réunion surchauffée des bâtiments de la rédaction, habillé d'un costume de marque qui, tout compte fait, était peut-être la raison de ce sentiment de chaleur étouffante, à moins que ce ne soit sa nervosité qui en soit la cause. Il était assis aux côtés de Carla, une jeune femme de 25 ans qui l'avait pris sous son aile dès qu'il avait franchi le seuil du gratte-ciel, dans la matinée, à l'heure convenue pour débuter son stae qui était d'une durée non délimitée, on le gardait un mois et ensuite on déciderait si on pouvait lui offrir un poste de débutant, le renvoyer, ou tout bonnement le garder en tant que stagiaire, en fonction de ses capacités. Il avait désormais le devoir d'accompagner Carla partout où elle se rendait, avec pour seule mission de prendre de la graine de ce à quoi il assistait, et si possible d'émettre ses opinions et idées, ce qui, lui avait-on dit, ferait bonne impression auprès de ses supérieurs si ses remarques étaient pertinentes, et ses arguments de taille.
La salle dans laquelle ils se trouvaient se situait au vingt-troisième étage, à l'angle du bâtiment. Valentin pouvait donc voir la neige tomber en grande quantité, les flocons poudreux agités par le vent mordant de février, deux des murs de la pièc étant des vitres offrant une vue remarquable sur un New York enneigéoù une multitude de silhouettes sombres grouillaient dans les rues, tel un gigantesque troupeau de fourmis. Le sol était carrelé, d'un blanc aussi pur que la neige au-dehors, et les murs étaient pâles, également. Toute cette blancheur faisait blêmir Valentin, à l'instar des lieux, bien qu'il soit déjà clair de peau.
Au centre de la pièce était entreposée une table noire rectangulaire, autour de laquelle une dizaine de personnes, toutes plus vieilles que Valentin, discutaient avec animation des dernières nouvelles. Seuls Carla et lui rrestaient silencieux, elle parce qu'elle était affairée à fouiller dans son sac à main à la recherche d'un stylo pour prendre des notes, lui parce qu'il était sous tension et manipulait le sien avec frénésie, dans tous les sens.
Soudain on entendit un bruit de portes qui s'ouvrent, tous les éclats de voix s'éteignirent et l'on se redressa sur son siège, à l'exception de Valentin qui était déjà raide comme un piquet. Craignant de se montrer importun, il resta stoïque et ne détourna pas le regard vers les nouveaux arrivants, fixant sans vraiment la voir la toile pour les projections, droit devant lui. Un premier homme, brun, passa rapidement dans son dos et alla prendre place auprès de deux femmes d'un certain âge, Valentin ne lui prêta guère attention, trop à cran. Le deuxième nouveau venu s'affairait derrière lui, d'après la provenance des sons qu'il faisait. Pivotant la tête de 90 degrés, Valentin vit qu'il plaçait bon nombre de dossiers sur une étagère, et déplaçait un projecteur, toutefois il n'aperçut pas son visage, juste une haute silhouette dans un élégant costume noir, aux épaules carrées. Il reporta bien vite son attention au point imaginaire au centre de la table, jusqu'à ce qu'il sente un courant d'air dans son dos, qui électrisa tous ses sens, suivi d'un léger frottement au niveau de sa nuque. Détournant instinctivement la tête, il vit que c'était l'homme aux diapositives et au projecteur qui venait de le frôler. Celui-ci marmonna un bref mot d'excuse, puis se dirigea d'une démarche svelte et rapide vers la toile à projections qu'il abaissa d'un coup sec, sans regard en arrière.
- Veuillez éteindre les lumières, Monsieur Bartle, s'il vous plaît.
C'était le nouvel arrivant qui venait de parler, d'une voix tranchante et froide, mais pourtant d'un ténor à la résonnace suave et profonde à l'oreille.
Quoiqu'il en soit Valentin ne put réprimer un frisson à l'entente de cet ordre si sèchement donné, lui qui suffoquait quelques minutes plus tôt... Carla se retourna brèvement vers lui, un sourire engageant aux lèvres... ce qui ne réssit pas pour autant à le mettre en confiance. Mr Bartle se leva de son siège pour actionner les interrupteurs, mais l'homme se retourna au même instant et Valentin eut le loisir de l'observer pendant quelques secondes avant que les lumières ne s'éteignent. Il était grand, très grand, plus du mètre quatre-vingt sans doute, ses cheveux blonds foncés coupés relativement courts, dont quelques mèches folles retombaient impeccablement sur son front volontaire étaient en parfaite harmonie avec son teint légèrement hâlé, son regard perçant aux yeux d'un noir d'encre, son nez droit et fin, ses pomettes saillantes et ses lèvres fines au coin desquelles se dressait un petit pli, ride dûe à un sourire moqueur que l'on devinait rien qu'à la suffisance qu'exprimaient ses yeux et sa posture. A son oreille gauche scintillait un petit anneau d'argent, et une chaine en or étincelait sous sa chemise prune entrouverte au col... Valentin lui donnait la petite trentaine.
Bien des personnes le scrutaient dans la salle, mais il devait être le plus indiscret, car l'homme baissa soudainement les yeux dans sa direction, et plongeant son regard pénétrant dans ses prunelles. Etrangement, la chaleur qui habitait le corps de Valentin quelques minutes plus tôt revint au galop.
Les lumières s'éteignirent, la pénombre obscurcit la salle.






Je vais vite lire la suite ^^